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[RP] L'art de la guerre - Adja

le Lun 15 Sep 2014 - 18:28
Le coeur des enfers

Elles avaient marché toute la nuit et Adja n’en pouvait plus.
Elles avaient essayé de marcher plein sud vers le village le plus proche avant que le soleil ne se lève et ne les dévore;  la lune les avait guidées vers l’horizon engourdi, témoin muet de leur calvaire à travers les dunes toutes identiques.
Adja n’avait pas l’habitude de marcher et elle s’était effondrée une première fois au bout de quelques heures : ses cuisses étaient comme du bois, sa gorge était en feu. Une fois, deux fois, dix fois, Elisha l’avait relevée, poussée, portée parfois, tirée pour marcher encore et encore, gravir une dune, la descendre…il y avait eu des dunes toute la nuit, toutes identiques, toutes interminables, toujours suivies d’une autre dune et d’une autre encore.
A la fin, elle s’était laissée tomber dans le sable; elle n’avait plus de forces et Elisha n’était plus en état de la porter. Aucun village n’était en vue, elles avaient échoué, elles allaient mourir.
Le jour succéda à la nuit et très vite, le soleil fut haut dans le ciel, interdisant tout mouvement.  Réfugiées dans le peu d’ombre que leur accordait un grand rocher, elles ne bougeaient plus, ne parlaient plus. Elles allaient succomber là dans cet océan de feu, cuites à l’étouffée. Quand bien même, elles tiendraient jusqu’au soir, elles ne seraient alors plus en état de marcher. Demain au plus tard, elles seraient mortes.

Nukrin les avait chassées dans le désert.
Tous ses bijoux, tout son or, toutes ses robes…tout, absolument tout était resté là-bas, dans le repaire des brigands. Songer aux étoffes précieuses, à ses parfums et ses onguents aurait pu lui arrachait des larmes, s’il lui en restait encore.
Adja le haïssait de tout son être.
C’était à cause de lui qu’elles avaient quitté le campement des sauvages Zaranigs pour s’établir dans ce dédale souterrain dont il semblait si fier. C’était lui qui avait convaincu la folle Elisha qu’elle pourrait retrouver sa gloire passée. Comme si cela était possible…
Quand l’un de ses hommes avait projeté de le tuer, Adja n’en avait rien dit et avait attendu avec espoir. Mais rien n’avait fonctionné comme prévu : l’homme était mort et elle avait été jetée en prison pour complicité. Ensuite il l’avait livrée au désert et Elisha avec.

Un des sbires de Nukrin leur avait jetée une outre d’eau pour se donner bonne conscience. Elisha n’avait rien bu et lui avait laissé toute l’eau. Elle ne la haïssait pas moins pour autant.
Tout avait toujours été de la faute d’Elisha. Elle la haïssait ! Elle la haïssait autant que ce Nukrin, elle la haïssait davantage même !
Elle l’avait toujours haïe. Dès le premier jour où la folle l’avait arrachée à sa famille et à son destin de petite princesse pour en faire une esclave humiliée, un jouet, une concubine servile, un animal terrifié…  
La roue du destin avait tourné. Destituée par son maître, chassée de Morgul, bannie du Mordor, trahie par ceux qui se montraient obséquieux la veille, sans pouvoir ni soutiens, la folle avait bien changée et s’était accrochée à elle comme un naufragée à son radeau.  
Cette nuit, par dix fois, la folle aurait pu l’abandonner et continuer seule.
« Elisha ? »
« Elisha, si tu m’avais abandonnée cette nuit, peut être aurais tu pu atteindre le prochain village. Tu aurais pu vivre.»
La folle tourna vers elle son visage brûlé par le soleil et ses lèvres crevassées par la soif et croassa « pas sans toi… »
Les dieux aimaient rire. La « chienne de Morgul », qu’elle avait tant redoutée, allait mourir avec elle en animal fidèle, mais contre l’immensité de sable et le soleil brulant, Adja était hélas sans pouvoir.
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Re: [RP] L'art de la guerre - Adja

le Dim 2 Nov 2014 - 16:40
Le calice jusqu'à la lie


Elles n’étaient pas mortes de soif.
Une caravane en route pour Umbar était apparue au milieu de ce néant de sable et de feu et les avait sauvées et recueillies. Quelques semaines plus tard, elles étaient aux portes de la grande ville du Sud.
Là, elle avait dépouillé Elisha de ses derniers bijoux, d’abord pour payer les caravaniers, puis pour vivre et se loger. Evidemment la folle avait regimbé, notamment quand Adja lui avait demandé une bague qui jadis la distinguait jadis comme le Lieutenant de la Morgul, mais elle avait eu gain de cause. Oter cette bague de la main d’Elisha, sans rien perdre de l’expression de ses yeux, lui avait procuré un plaisir immense, un plaisir de vainqueur.

A Umbar, elle ne pouvait compter que sur elle-même, aucune aide n’était à attendre.
Au début, elle avait craint qu’Elisha ne soit reconnue et qu’on ne leur fasse un mauvais sort en souvenir des corsaires suppliciés à Morgul et d’autres vieilles haines recuites. Rapidement pourtant, il fallut se rendre à l’évidence : sans escorte, sans destrier ni armure aux armes de l’œil, la « chienne de Morgul » n’était qu’une étrangère de plus dans la grande ville.
Toutefois, mieux ne valait pas tenter le sort, aussi avait-elle balayé l’offre de la folle d’offrir ses services comme spadassin. Cela aurait attiré bien trop l’attention et puis cela aurait pu ressusciter l’amour propre de son ancienne maitresse.
Après avoir tout considéré, elle avait trouvé la meilleure solution, une solution pérenne qui garantissait un train de vie décent et qui était pour Elisha une source de souffrances et d’humiliations sans fin.

Depuis presque deux ans à présent, quelques riches marchands d’Umbar se partageaient les faveurs d’Adja. Cela lui permettait d’occuper une maison des plus coquettes avec assez de domestiques et d’esclaves pour lui éviter d’avoir à lever le petit doigt.
En ce moment, ils étaient deux.
Selim al Takriti, un marchand de soie, était bel homme, doux et assez attentif. Toutefois, il avait toujours évité de s’afficher avec elle et le jour, où enhardie, elle lui avait susurré de l’épouser, il lui avait répondu par un de ces sourires patients que l’on a pour les enfants trop crédules.
Le négociant en épices Moulaï Ibn Ager était très grand et plus gros encore, ses étreintes étaient brutales et la laissaient rompue et pantelante ; de plus, tout dans son comportement à son égard lui rappelait la nature de leur relation : elle se vendait, lui la payait et la possédait à sa guise.

Elisha, désormais inutile, humiliée et déchue, réduite à l’état d’invitée ou de domestique, avait rapidement sombré dans un mutisme quasi intégral, ne quittant qu’à peine la maison pour errer en ville comme une âme en peine.
Installée dans une chambre de servante, elle était suffisamment proche pour ne rien pouvoir ignorer des visites dans la chambre voisine. Anéantie, sans volonté, elle fixait le plafond, enchainant nuits blanches et pipes d’opium.
Parfois, par caprice ou par jeu, Adja la rejoignait au terme d’une nuit passée avec un de ses amants : elle entrait dans la petite chambre comme une reine parcourant ses terres, vêtue de peu, lourdement fardée, encore moite des ébats récents, pour s’offrir aux caresses et aux baisers de la folle.
La roue du destin avait tourné. Elisha l’avait eue tout entière, elle devrait à présent apprendre à se contenter des restes qu’Adja voudrait bien lui jeter.
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